Les Grisommes II : châtiment – Frédéric Livyns

Les grisommes IIJ’attendais ce deuxième tome avec impatience, d’une part parce que j’avais bien aimé le premier, d’autre part parce que j’étais curieuse de découvrir l’évolution des personnages du tome 1, et plus particulièrement celle d’Orianne.

Pour rappel, lors de ma lecture du tome 1, j’avais j’avais trouvé qu’Orianne était une vraie caricature de fille : gémissante, craintive et j’en passe. Sa personnalité s’améliorait un peu sur la fin et laissait présager un protagoniste plus attachant pour la suite.

Globalement, le tome II des Grisommes m’a davantage plu que le premier.

Le personnage d’Oriane est plus fouillé et plus mature, elle y gagne en crédibilité. Certes, les femmes restent toujours au second plan (les Elus sont des garçons, et même la forte grand-mère semble tirer ses ordres de l’Oraculum), et ce n’est pas demain qu’elles sauveront le monde… La place d’Orianne, compagne de route de Nathan, est cependant beaucoup plus convaincante dans ce deuxième opus : elle se révèle plutôt courageuse, de bon conseil et assez indispensable à l’Elu.

On sent que les personnages ont grandi. Nathan est lui aussi plus fouillé, semble davantage douter que précédemment. D’autres camarades de cavale viendront les rejoindre, et la plupart d’entre eux se montrent attachants et sympathiques (exception faite des personnages maléfiques).

Le monde dans lequel basculent cette fois-ci Orianne et Nathan m’a séduite.

Un plan en début de livre permet de se situer au cours des différentes actions et de plonger plus rapidement dans cet univers qui oscille entre cauchemars et contes de fée : l’auteur revisite en effet à sa manière différentes histoires et légendes connues de tous. C’est assez surprenant, atypique et ça fonctionne bien.

J’ai cependant un peu regretté de ne pas retrouver davantage ce qui faisait l’originalité du premier tome : l’idée que Nathan se retrouve parachuté dans un univers reflétant son imagination, et que le seul moyen d’en sortir soit d’affronter ses propres peurs. Même si dans l’ensemble, comme je l’ai dit plus haut, j’ai préféré ce second tome, je l’aurais trouvé encore meilleur si ce concept avait été exploité.

Par ailleurs l’histoire en elle-même se lit très bien : j’avais envie de savoir la suite d’un chapitre sur l’autre. Les aventures sont surprenantes et s’enchaînent sans qu’on ait le temps de s’ennuyer, je ne les ai pas vues venir. J’ai apprécié cette succession d’actions diverses et prenantes.

En définitive, j’ai passé un bon moment avec Nathan et Orianne : ce second tome m’a davantage convaincue que le précédent, et je lirai la suite de leurs aventures avec plaisir !

Le miroir du damné – JB Leblanc et F. Livyns

Le miroir du damné

Au cœur du massif des Maures, le petit village de Tarsac est le cadre de meurtres sauvages qui font resurgir la peur et la paranoïa.

Qui est cet assassin particulièrement retors qui ne laisse aucune trace et semble connaître parfaitement ses victimes ?

C’est ce que devront découvrir le lieutenant Courtas du SRPJ de Toulon et Martin Fabre, le chef de la police municipale. Cette enquête les confrontera à des croyances révolues sur fond de sorcellerie et à un étrange miroir qui semble être le cœur de l’énigme.

Mais, dans cette cuvette infernale écrasée par la chaleur, les morts se succèdent à un rythme effréné, et le temps leur manque…

Le miroir du damné est un thriller horrifique qui vous plongera au cœur de l’Enfer… au sens propre.

L’été, à Tarsac, le soleil brûle si fort qu’il s’en dégage une impression infernale, offrant à ce roman un cadre et une ambiance tout à fait appropriés à la trame policière du récit. Ce petit village coincé entre les montagnes donne au lecteur une sensation étouffante de claustrophobie. On s’y embourbe autant que les personnages, on patauge avec les policiers dans cette enquête qui tourne en rond à Tarsac, sans espoir de sortie.

Cette façon d’utiliser la géographie des lieux et la température comme métaphore de l’Enfer m’a semblé particulièrement intéressante.

Au delà du cadre, l’histoire en elle-même se lit très bien. L’envie de connaître la suite est présente et le rythme est bien dosé : malgré cette impression de faire du sur place et de s’enliser dans les rouages d’un mystère impénétrable, je ne me suis pas ennuyée à la lecture. L’ensemble paraît bien documenté sur le plan policier, ce qui est très appréciable.

Les auteurs alternent entre cette enquête policière et des bribes du passé, qui apportent au fur et à mesure les informations nécessaires permettant de compléter les pièces du puzzle. J’ai bien aimé cette alternance, mais j’ai trouvé que la réponse arrivait peut-être un peu trop vite par rapport au déroulement du récit : j’aurais préféré qu’une ou deux révélations stupéfiantes soient gardées pour la fin, alors que la seconde partie du roman se consacre surtout sur comment vaincre un ennemi déjà identifié.

La scène finale est cependant haletante est très bien racontée.

Si on s’interroge au départ sur la nature de cet ennemi et des événements qui terrorisent Tarsac, on bascule assez vite dans un surnaturel franc. Passées les hésitations des premiers chapitres, au cours desquels on se demande vraiment si l’assassin est particulièrement retors, il devient vite évident qu’il n’est pas humain.

Le fantastique de ce récit ne questionne donc pas vraiment les frontières entre la réalité et le paranormal, car il ne laisse aucune place au doute quant à l’existence de sorcières, de magie et de démons. Ce n’est pas forcément le fantastique que je préfère, mais l’histoire est cohérente et se tient, cela ne m’a donc pas dérangée outre mesure et devrait très vite accrocher un certain lectorat.

Je m’étendrais peu sur les personnage car je n’ai pas grand chose à en dire. J’y fais habituellement très attention quand je lis un roman car j’ai besoin de les sentir exister pour y croire. Ici, on ne trouve pas de personnalités particulièrement fortes ou profondes, mais je n’ai pas noté non plus d’incohérences ou de facilités psychologiques, cela ne m’a donc pas empêchée d’apprécier la lecture.

Il y a aussi un véritable travail sur nos perceptions premières des personnages : si on s’imagine assez vite tomber dans un schéma classique où l’enquêteur citadin un peu prétentieux vient donner des leçons au petit flic de province sympathique et largué, on se rend vite compte que la réalité est plus complexe et la frontière entre le bien et le mal est rapidement brouillée.

L’ensemble est emmené avec un style qui correspond bien à l’histoire et que j’ai lu avec beaucoup de facilité.

Le miroir du damné est donc un bon thriller surnaturel dont l’atmosphère étouffante vous emmènera aux portes de l’Enfer…

Le miroir du damné, Séma éditions

 

Les aventures de Bérénice et Profitroll – Denis Labbé

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Profitroll est un troll pas comme les autres : non content d’être petit, il déteste la violence et rêve de faire de la pâtisserie… Un jour, Bérénice, une jeune humaine, se perd dans la forêt et s’approche dangereusement du village des trolls… Profitroll la prend rapidement sous sa protection. Ça tombe bien : Bérénice sait faire les gâteaux… c’est le début d’une belle amitié !

 

Bérénice et Profitroll est un joli récit pour les enfants.

L’histoire ressemble un peu à un conte, avec sa forêt hors du temps et de l’espace, ses créatures issues du folklore et les leçons qu’elle enseigne.

Profitroll, jeune troll moqué par ses pairs, attire très vite notre sympathie. Sa différence est son plus fort atout : dans un univers rustre et violent, il se montre réfléchi et diplomate, prêt à tout pour protéger cette jeune fille de ses congénères.
Les enfants devraient également s’identifier facilement à Bérénice, fillette à la fois tendre et intrépide. Passé le choc de se découvrir prisonnière d’un village de troll, elle comprend petit à petit comment s’y prendre pour écarter le danger et se rendre indispensable.

La rencontre entre ces deux personnages moqués et rejetés, l’une parce qu’elle n’est pas de la même espèce, l’autre parce qu’il est trop différent des siens, donne lieu à une jolie amitié qui se nouera avec originalité autour de la pâtisserie. Chacun n’aura de cesse de réconforter l’autre et de lui redonner confiance en soi.

J’ai donc trouvé ce récit original. Le style est agréable à lire, et pour ne rien gâcher quelques pointes d’humour m’ont souvent fait sourire : Bérénice et Profitroll est avant tout une histoire amusante. Les jolies illustration de Priscilla Grédé s’adaptent tout à fait à cette ambiance.
Mais au delà de cet aspect, elle porte un joli message sur le respect de la différence et l’acceptation de soi, que je trouve tout à fait adapté à un court roman pour enfants.

Bérénice et Profitroll, par Denis Labbé, illustré par Priscilla Grédé, Séma Editions

Miss Zombie, détective décharnée – Delphine Dumouchel

Vomiss-zombie-detective-decharneeus ne savez pas quoi offrir à vos enfants pour Halloween ? Achetez-leur Miss Zombie, détective décharnée, le roman jeunesse de Delphine Dumouchel !

Missy et Carole sont deux zombies. Mais pas n’importe lesquels : elles vivent sous terre, dans un complexe créé par un professeur un peu fou, désireux de réparer l’erreur qu’il a commise en lâchant une armée de morts-vivants sur la planète. Là-dessous, les zombies apprennent à se comporter de façon civilisée, à travailler leur démarche et leur intellect et à éviter de prendre les êtres humains pour des casse-croûtes sur pattes.

Mais tout bascule le jour où le professeur, supposé recoller l’œil pendouillant de Missy avant l’élection de Miss Zombie, est porté disparu. Les deux filles, duo de choc, décident alors d’enquêter…

J’ai bien aimé ce concept de zombies civilisés, loin des clichés de morts-vivants habituellement exploités. Dans tous les romans du genre que j’ai lus jusqu’à aujourd’hui, les morts-vivants étaient, en grands méchants de l’histoire, les ennemis à abattre. Or dans ce récit, ce sont ces mêmes zombies qui sont les héros.

On s’attache très vite à ces morts-vivants plutôt touchants qui repensent à leur existence passée avec nostalgie. Face à ces deux jeunes filles pas tout à fait comme les autres, les êtres humains prêts à tous pour se défendre deviennent le danger… Et ça fonctionne très bien : emportée par l’histoire, j’en suis venue à souhaiter la réussite des personnages principaux, fût-ce au détriment des humains…

L’histoire est emmenée avec beaucoup d’humour, ce qui rend l’ensemble très agréable à lire et convient tout à fait, je trouve, à un public jeunesse. J’ai souvent souri, ri quelques fois, et je trouve que traiter ce thème des morts-vivants, bien souvent abordé sous l’angle d’un post-apocalyptique plutôt tragique, de façon drôle, est vraiment original.

Les illustrations de Lou Ardan s’adaptent parfaitement à l’histoire, et en soulignent tout à fait l’aspect amusant.

Le roman est court, juste ce qu’il faut, ce qui le rend accessible même aux enfants.

Au delà de l’aspect amusant, ce livre propose aussi une réflexion intéressante sur la différence et l’acceptation de l’autre : les deux héroïnes zombies souffrent de ce changement d’apparence et du regard que porte désormais l’humanité sur elles. Malgré leur condition de mortes, elles n’en restent pas moins des adolescentes qui cherchent leur place dans le vaste monde, une identité à retrouver.

 A l’heure où l’on parle de plus en plus du harcèlement scolaire et du rejet de la diversité, je pense qu’il est bon que des enfants puissent, à travers la littérature, aborder ce genre de sujets. Parce que c’est leur point de vue qu’on adopte, on en vient à trouver les zombies sympathiques et à souhaiter que les vivants leur pardonne pour tout le mal qu’ils ont fait.

Miss Zombie est donc une jolie lecture qui conviendrait très bien aux enfants, et amusera aussi certainement les adultes !

Miss Zombie, détective décharnée, par Delphine Dumouchel, illustré par Lou Ardan, Séma Editions

LIVRE : Élixir de nouvelles steampunk, de Delphine Schmitz

Élixir de elixirnouvelles steampunk, comme l’indique son titre, nous propose une dizaine de nouvelles du genre steampunk. C’est le quatrième livre que je lis des Éditions Séma, et une fois de plus je n’ai pas été déçue.

Le concept est particulièrement original : si les récits peuvent tout à fait se lire indépendamment les uns des autres, ils se complètent aussi et s’enrichissent, donnant l’impression d’une véritable cohérence. On a l’impression d’évoluer dans un seul et même monde que l’on connaît de plus en plus au fil des pages.

Les personnages se croisent et se recroisent, des légendes se tissent en arrière plan du livre, des ingrédients mystérieux interviennent d’une nouvelle à l’autre… J’ai vraiment bien aimé le principe de ces histoires dont chacune apporte quelques informations en plus par rapport à la précédente, comme dans un roman policier dont on déchiffre l’énigme au fur et à mesure. La dernière nouvelle propose d’ailleurs une chute et un éclairage nouveau à l’ensemble du livre.

Les récits sont racontés avec une jolie plume, un style qui colle bien aux histoires et que j’ai lu avec facilité.

L’ensemble est rythmé, les idées autour desquelles sont axées les nouvelles originales : en conséquence, j’avais vraiment envie de connaître la suite.

On retrouve bien sûr dans ce livre la plupart des thèmes chers au steampunk : une fascination pour les mécaniques et les rouages, des personnages animés aux cœurs de moteurs évoluant à la frontière du vivant, quelques dirigeables et des inventions extraordinaires.

Mais l’ensemble est également émaillé d’un fantastique subtil, et ce mélange des genres ne pouvait que me plaire.

J’ai particulièrement apprécié les trois nouvelles suivantes :

Caméra Obscura, qui nous présente un jeune photographe dont les photos semblent pouvoir prédire l’avenir,

La rocambolesque odyssée de l’Ulysse, qui nous entraîne sous les océans, à la découverte des créatures étranges qui le peuplent peut-être,

et Télétempus, qui offre un joli anachronisme en décrivant la rencontre entre un inventeur génial et un adolescent du vingt et unième siècle via un ordinateur au mystérieux pouvoir.

Élixir de nouvelles steampunk est donc une bonne lecture !

Élixir de nouvelles steampunk, par Delphine Schmitz, illustré par Fleurine Rétoré, Éditions Sema

LIVRE : Les fiancés de l’hiver, de Christelle Dabos

  Les fiancés de l’hiver est un livre partLIVRE : Les fiancés de l'hiver, de Christelle DABOS iculier.
D’abord, il n’est ni plus ni moins le 400 ème ouvrage de ma bibliothèque.
Mais c’est aussi l’un des romans les plus marquants qu’il m’ait été donné de lire ces dernières années.

La Terre (la nôtre ou une autre, peu importe d’ailleurs) a été éparpillée en mille morceaux. Ses habitants vivent sur des « arches », fragments de planète desquels ils se déplacent en dirigeable pour voyager d’un endroit à l’autre.
Ophélie habite sur l’arche Anima où elle tient un musée. Ses talents de liseuse lui permettent d’accéder aux souvenir des objets dès qu’elle y pose les mains, mais aussi de se déplacer d’un miroir à l’autre. Un jour, elle apprend qu’elle a été fiancée à Thorn, un habitant du Pôle. Malgré le déchirement qu’elle ressent à l’idée de quitter tout ce qu’elle connaît, Ophélie n’a pas le choix et embarque pour le Pôle avec sa tante et son écharpe apprivoisée. Le voyage s’avère rude et plein de surprises, et la jeune femme essaye tant bien que mal de se faire à l’âpreté de son nouveau fiancé. Mais elle n’est pas au bout de ses peines : à la fin de la route s’élève la Citacielle, citadelle dans le ciel où les intrigues se nouent et se dénouent au rythme des médisances et des assassinats.

Amatrice de romans du genre imaginaire depuis de (très) nombreuses années, j’ai depuis quelques temps du mal à être surprise par la littérature d’aujourd’hui. Beaucoup d’auteurs et d’histoires semblent s’attacher à des oeuvres pré existantes pour écrire la même chose en moins bien. Pourtant, je tombe de temps en temps sur des ovnis littéraires, petits bijoux d’inventivité que je me fais un plaisir de dévorer. Les fiancés de l’hiver est de ceux-là.
L’univers extrêmement original du récit m’a plongée dans un monde totalement inconnu, extrêmement bien construit, déjanté et foisonnant de détails autant que de mystère. La psychologie des personnages est réfléchie, on les sent exister à travers les pages. Quant au style, il est poétique tout en restant très accessible. À aucun moment ou presque je n’ai regretté une banalité stylistique ou une description trop facile.
Je suis venue au bout des 500 pages en trois jours, autant vous dire que j’ai du mal à contenir mon impatience à l’idée des volumes à venir. Mais pour faire durer un peu le suspense, j’attends encore quelques semaines avant d’acheter le deuxième tome.

Je conseille ce livre à tous les rêveurs, à tous les amoureux de la poésie, à toutes les âmes aventurières et aux amateurs de mondes atypiques, étranges, déjantés. À tous ceux qui désespèrent de découvrir une histoire originale et un univers différent de ces pâles et multiples copies du Seigneur des Anneaux et autre Game of Thrones qui fleurissent sur le marché.
Les fiancés de l’hiver vous emmènera loin, très loin. Là d’où vous n’aurez peut être plus envie de revenir…